VERBIER, LE VTT PAR MONTS ET PAR VAUX (ET VACHES)

Les Suisses tiennent à leur réputation. En ce mercredi 16 septembre, le TGV  Lyria qui se rend dans la Confédération a pris 34 minutes de retard, « mais uniquement du côté français » fait remarquer un autochtone à l’arrivée. Bienvenue au pays où les trains et les coucous sont toujours à l’heure. Trêve de clichés, venons-en au fait.  Verbier, la station positionnée chic et sport du canton du Valais a invité un groupe de bloggers et journalistes à tester les joies du VTT en septembre.

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Vue de Verbier par grand beau. Mais si, le grand beau qu’on voit sur la photo dans la photo.

Hors-saison,  on échappe à la foule, moins aux caprices de la météo, comme le rappelle la pluie et le brouillard qui nous accueillent  à l’arrivée. « Surtout montrez-leur bien tout de Verbier » glisse lors du déjeuner de son accent chantant  la restauratrice  à Vincent,  qui représente l’office du tourisme. De ce côté-là, le contrat a été rempli puisqu’en trois jours, la station aura réussi à  décliner trois des quatre saisons : sous la  pluie, le brouillard,  par grand beau,  20 degrés  comme par 6, avec et sans nuage, on aura effectivement tout vu de Verbier… Il n’aura manqué que la neige au rendez-vous, aperçue sur les cimes mais pas foulée. A l’impossible nul professionnel du tourisme n’est tenu. Exposé plein sud, la station jouit en tout cas d’un excellent ensoleillement sur l’année. « Et l’hiver ici avec toutes les boîtes de nuit, c’est un peu Ibiza » complète Vincent qui fait l’article. De janvier à mars, on y croise selon les années Martin Solveig, James Blunt, Kate Middleton, Hugh Grant et autres people migrateurs que l’on observe effectivement dans leur biotope estival à Ibiza justement. Si cette dernière avait l’idée de se présenter dans ses brochures comme le « Verbier de l’été », la boucle serait bouclée et il n’y aurait plus à se casser la tête pour trouver des slogans publicitaires. Bon, Verbier a pris « Pure Energy », une formule évocatrice dont j’allais découvrir le sens caché dès le lendemain. A mes dépens…

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Verbier après le brouillard quelques heures plus tard

Vendredi 8h30.  La pluie a cessé et nous voilà conviés à prendre des VTT de descente dans un magasin de sport,  ma foi fort bien achalandé. J’observe avec intérêt l’airbag Mammut made in Switzerland exposé en sous-sol qui sert aux skieurs en cas d’avalanche. Quand le système se déclenche,  on se retrouve instantanément  affublé d’énormes  ganglions rouges peints en rouge fluo. Ne riez pas, c’est  l’avalanche qui tue, pas le ridicule. Eh oui, il faut aller en Suisse pour trouver ce genre de tenue  improbable, susceptible d’inspirer la prochaine collection de Victoria Beckham (qui fréquente aussi la station pour fuir les paparazzi en embuscade  à  Gstaad ou  Megève).

Le slalom à vélo sur glacier n’étant pas inscrit au programme,  l’airbag ne m’est heureusement pas imposé. Je laisse un  vendeur d’outre-manche parlant français avec un très exotique accent suisso-britannique  (c’est ça la mondialisation)  choisir  les éléments de ma panoplie de gladiateur. Pour le bas, j’ai  droit à des genouillères et protège-tibias, les mêmes qu’ont les CRS quand ça chauffe. Pour le haut (« le cocon » comme on dit en patois du Valais pour désigner la tête), au casque intégral. Et oui, je « cornifle » (enquête) sur le valaisan pour amadouer les autochtones.  Vincent,  Suisse des plaines établi dans la station et amateur de métaphores géographiques comme anthropologiques, m’a en effet expliqué que les Valaisans sont « un peu les Corses de la Confédération ». Je les imagine donc fiers et ombrageux,  dotés d’une mentalité insulaire qui leur monte au cocon en prenant de la hauteur. Or à Verbier, on grimpe en télécabine jusqu’à 2900 mètres…

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L’enfer de la pente : vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance. Et élégance aussi.

Pour la mise en jambes,  notre moniteur Brice propose de nous emmener sur une piste bleue.  Sachant qu’en Velib,  j’effectue le trajet la Tour  Eiffel-Concorde sans escale, sans assistance, quasiment sans les mains (et avec toutes mes dents,  merci) et qu’il m’arrive de descendre les pentes de Montmartre dont certaines si elles étaient sur neige seraient classées noires, je le suis l’esprit tranquille. Présompteux que j’étais : arrivé sur zone, apparaît en effet un étroit  sentier qui dévale une pente, comment dire, fort pentue. Apparemment le code a changé depuis l’hiver dernier et le bleu désigne désormais la couleur de la peur  que la piste inspire. « On attend de pouvoir construire une verte pour les vrais débutants » s’excuse Brice. Etre vert de trouille, se prendre une peur bleue quelle différence? Et la rouge c’est certainement pour signifier qu’il faut prévoir pansements et mercurochrome  à l’arrivée? La noire qu’il faut faire son deuil des plaisirs d’ici-bas avant de s’y engager? « Bortabitche! » (comme disent les Valaisans pour signifier en patois leur trouble) Quel traquenard… Et moi qui croyais faire un voyage dans le pays le plus sûr du monde…

Il est hélas trop tard pour simuler une crevaison qui me ferait passer pour le dégonflé de service qui retarde les autres: impatient, le  vététiste le plus aguerri du groupe s’est déjà  lancé en faisant des sauts de cabri sur chaque bosse. « Tcheu le dzè qu’il a suici ! » (Nom de Dieu ! le peps qu’il a  celui-ci)  suis-je tenté de m’exclamer avant d’analyser la situation avec méthode. Celle de Descartes préconise « de diviser chacune des difficultés (…) en autant de parcelles qu’il se pourra et qu’il sera requis pour mieux les résoudre ». De la théorie philosophique à la pratique vététiste, il n’y a qu’un tour de pédale  qui m’amène à examiner les obstacles des premiers mètres: une pierre à gauche, puis une racine à droite, un nid de poule… Pris isolément et successivement, aucun n’est insurmontable. Je me fie donc à Descartes et dévale à mon tour, les mains crispées sur les freins  en me répétant à chaque seconde que jusque là tout va bien. Hélas la méthode cartésienne mâtinée avec celle de Coué fait un couac : dès le premier virage, je suis victime  d’«une roubatée dans la cotze »  (une chute dans la pente) sans gravité mais non sans humiliation.  On a beau savoir tenir sur un vélo  sans petites roulettes et faire le kéké en lâchant le guidon sur bitume,  ça n’a rien à voir avec le VTT de descente.  Sur les instructions de Brice, j’apprends à me tenir debout  les jambes droites pour mieux franchir les obstacles en descente plutôt qu’en position  fléchie qui tétanise les muscles.

Après une heure de pratique, la confiance revient  mais surgit déjà  un autre danger sur cet itinéraire qui traverse les alpages. Les vaches valaisanes qui étaient là avant les vététistes n’entendent pas  céder un pouce  de leur  territoire. L’hiver, chacun sait que le skieur aval a priorité. Mais l’été qu’en est-il quand on croise des herens noires solidement plantées sur leurs quatre sabots au milieu du sentier? Qui possèdent de surcroît  le même tempérament  que les bipèdes qui les élèvent?

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Le vététiste amont n’a pas priorité sur la vache aval. Et elle le sait.

Car non contentes d’être fières et susceptibles, les herens sont têtues.  Régulièrement dans les troupeaux ces petites vaches noires s’affrontent en se poussant du front pour décider qui deviendra la reine. Les plus valeureuses participent à des combats et atteignent des sommes d’autant plus hallucinantes (40 000 euros) que les efforts fournis au combat réduisent encore leur production, au demeurant faible: 6 litres par jour en moyenne sur l’année soit cinq fois moins qu’une Prim  Holstein. Mais la qualité est au rendez-vous pour produire le gruyère, l’emmental et autres spécialités suisses fabriqués à Verbier même.

Et si la vache en travers du sentier était la reine en personne? Si en portant la main sur son altesse, sa garde sévèrement cornue me poursuivait pour crime de lèse-majesté, et pas qu’au sens figuré  devant les tribunaux? Comment le savoir?  Chez les herens, la souveraine  ne porte pas de couronne ni de sceptre, pas même une cloche incrustée de diamants pour signifier son rang. On ne peut davantage se fier au lustre  de son poil pour la repérer, ici toutes les vaches sont propres sur elles, on est en Suisse tout de même. Heureusement Brice vient me tirer de ce mauvais pas. S’avançant en levant les bras tel Moïse face à la Mer Rouge, il ouvre miraculeusement une voie dans laquelle nous nous engouffrons pour continuer notre route vers la Bière Promise au déjeuner.  Car il a beau faire « cramine »  (frisquet), il commence à faire soif.  Arrivé au restaurant, je décide finalement de renoncer à la mousse, la journée n’étant pas terminée. Boire ou conduire, il faut choisir d’autant qu’en cas de chute  je ne maîtrise pas assez  le roulé-boulé pour rouler bourré.  Sage précaution, puisque je vais  passer l’après-midi à « moyonner » (pester) contre ces traîtresses de pierres et cette pente qui m’obligent à mettre pied à  terre, faute d’expérience.  Heureusement la randonnée touche à sa fin et il est temps de « désalper » (rentrer).

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Leçon du jour sur les risques du VTT de montagne: si on ne maîtrise pas le roulé-boulé, mieux vaut éviter de rouler bourré et carburer à l’eau claire.

Le soir venu au restaurant,  Alex le serveur insiste pour nous offrir un verre de lychee valaisan que lui donnait à boire sa grand-mère quand il était petit pour soigner ses maux d’estomac.  J’hésite. D’un côté, c’est peut-être un piège : ça ressemble à  un remake d’une scène culte des bronzés font du ski, où un autochtone presse Jean-Claude Dus de  goûter un alcool dans lequel a mariné un serpent. De l’autre côté, je suis tenté de  noyer dans la boisson  la « bo kaké » (grosse déception)  que me cause ma piètre performance vélocipédique.  Et sachant  que les Valaisans sont les  Corses de la Suisse, mieux vaut ne pas froisser leur susceptibilité en leur refusant quelque chose, d’autant qu’ils conservent par devers eux l’arme de leur service militaire, comme les autres citoyens  de la Confédération.  Ce dernier argument me décide à avaler le verre. Bortabitche! Ça chauffe à l’intérieur. Pour information, le  lychee valaisan  est un oignon baignant dans un alcool de gentiane à  40 degrés. Histoire de faire passer l’oignon, Alex apporte de l’absinthe locale encore plus raide: 55 degrés. Soit  une « derupe » (pente) impressionnante qui a de quoi effrayer le vététiste de l’extrême que je ne suis pas. Mais bon, passé les bornes, il n’y a plus de limites… Surprise, la bonne Fée Verte d’un coup de baguette magique me délivre de tous les tracas. Restent que les degrés de ces deux spiritueux  additionnés  auxquels s’ajoutent les « fendants » (vins blancs du Valais) de l’apéro  aboutissent à  un total qui équivaut exactement  à la position que mon corps a envie d’adopter après cette triple épreuve : 180 degrés. « Tcheu la coss » (Nom de Dieu, qu’est-ce que je suis fatigué)

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A l’issue d’une votation serrée initiée par la section bovine des Femen valaisanes, la Suisse a autorisé le bronzage pis nus sur les alpages. Ici Marguerite une rousse plantureuse du cru profite des rayons du soleil de septembre.

Samedi. « On vit quelle heure ? » (Quel heure est-il)? 8H, celle de me lever trop tard et d’avaler trop vite mon petit déjeuner pour affronter les 45 kilomètres et 1000 mètres de dénivelé prévu au programme du jour qui s’annonce ensoleillé. Les plus prudents du groupe dont moi ont demandé un VTT à assistance électrique. Vous les puristes qui me lisez, allez-y, levez les yeux au ciel. Pour ma part  je préfère jouer petit bras ou plutôt petit mollet que devoir abandonner en route par manque de jus. Après la Fée Verte je découvre le miracle de la Fée Electricité. Incroyable, en montée je parviens à suivre les grimpeurs les plus teigneux. Et l’effort pour gravir un col est à peine supérieur à celui d’un faux-plat quand on dose bien l’apport de la batterie. Une bien belle invention qui j’espère finira par descendre en vallée et  convaincre les scooteristes des villes qu’on peut aller presqu’aussi vite sans pétarader, sans polluer et sans trop se fatiguer.

Mes sources pour le patois valaisan :  desencyclopedie.wikia.com/wiki/Valaisan et autochtones

TRANSPORTS

Depuis Paris, TGV Lyria jusqu’à Martigny puis train régional ou taxi.

ADRESSES

Hôtel

La Cordée des Alpes Route du Centre Sportif 24 1936 Verbier

+ 41 27 775 45 45

htt p://www .hotelcordee.com/francais

Pour sa piscine, son jacuzzi et son accueil digne des quatre étoiles dont il est décoré

Restaurants

Le Carrefour Route du Golf 95 1936 Verbier

+41 27 771 55 55

www.lecarrefour.ch

Pour ses champignons

Le Caveau Place  Centrale 1936 Verbier

+41 27 771 22 26

http://www.caveauverbier.ch

Pour sa raclette et son lytchee valaisan

Sports

Mountain Air

Rue de Médran 77 1936 Verbier

+41 27 775 44 OO

http://www.mountainairverbier.com

Pour ses VTT électriques

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