JAVA DANS TOUS SES ETATS

PARLEZ-VOUS JAVANAIS ? APA  KOWE  ISA JAWA ?

Mémoriser quelques  rudiments de la langue du pays visité fait partie de ces bonnes résolutions que l’on prend généralement au moment du départ. A moins de se  limiter au périmètre sécurisé d’un hôtel-club dans lequel les vacanciers se constituent prisonniers volontaires pour vivre dans l’entre-soi,  difficile  d’ignorer  complètement la culture locale. Problème: quand on part en  lndonésie qui compte quelque 130 langues parlées laquelle choisir? Va pour le javanais, abondamment parlé dans l’île de Java présentement visitée. En mémorisant une demi-douzaine de mots ou d’expressions  (genre : oui/non/ bonjour /au revoir/ merci/c’est délicieux mais où sont les toilettes SVP?) j’espérais faire face à toutes les situations, y compris de crise.

Mais le javanais n’est pas simple comme bonjour. Pour preuve, ce mot se dit salapamagi dans cette langue membre du groupe malayo-polynésien et plus largement austronésien (merci Wikipedia).  Si le reste est à l’avenant, je n’ose imaginer comment les indonésiens  traduisent anticonstitutionnellement.  Mémoriser  cinq mots  va me demander autant d’efforts que de négocier le prix d’un batik au marché touristique après le passage d’un bus de Japonais. Qui eux ne marchandent jamais.

BOROBUDUR : L’ENCYCLOPEDIE DE LA VIE DE BOUDDAH

A défaut d’apprendre la langue, rabattons-nous  sur le patrimoine et la culture locale. S’impose alors une visite de l’impressionnant temple de Borobodur, haut lieu du bouddhisme javanais qui ne compte pas moins de 4.5 kms de bas-reliefs contant la vie de Bouddha.  Le néophyte se contentera d’y admirer la délicatesse des scènes  sans forcément les comprendre.

drone

Le temple de Borobudur interdit l’usage des drones qui pourraient percuter en vol les moines bouddhistes en lévitation. Sage précaution.

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En revanche curieusement aucun règlement ne limite la longueur des perches télescopiques des touristes ou oriflammes des guides qui risquent d’harponner les moines lors de leur redescente.

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Des musiciens, des danseurs et courtisanes : à ce stade de sa vie, le prince Gautama et futur Bouddah  hésite encore à renoncer aux plaisirs de la vie terrestre. On le comprend.

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Quand  Bouddah boude, pas moyen de lui faire tourner la tête pour la photo. Même pour 10 000 roupies.

A une heure et demie de route de Borobodur, le circuit classique autour de Yodgiakarta  vous emmènera au  deuxième joyau de Java, lui aussi classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette fois-ci il s’agit du site hindouiste de Prambanan, le plus important d’Asie du sud-est, dont les bas-reliefs  évoquent la légende de Ramayana. Comme à Borobodur,  ce conte ciselé dans la pierre se lit comme une bande dessinée à la différence près que Prambanan donne davantage dans l’érotisme. Et les 1200 lingams (symboles phalliques) érigés  sur le site   semblent rendre hommage aux danseuses au sourire aussi énigmatique que celui de la Joconde.

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Le temple de Prambanan entouré  de ses 1200  lingams en taille XXL

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Jeux de mains, jeux de vilains

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Bas les pattes, je ne suis pas celle que vous croyez !

TOUT CE QUE VOUS AVEZ VOULU SAVOIR SUR LE RAMAYANA SANS JAMAIS AVOIR OSE LE DEMANDER

Avec ses multiples personnages qui se poursuivent inlassablement de leurs assiduités ou de leur férocité, la mythologie hindoue n’a décidément rien à envier à son homologue gréco-romaine. Sa complexité mérite bien  une séance  d’approfondissement mais autant apprendre en s’amusant comme disait Fernand Nathan: justement, le restaurant Purisawasata de Yodgiakarta propose un combiné dîner-spectacle consacré  à  Ramayana qui permet de se remplir simultanément la panse de nourritures terrestres et les pensées des fondements de la mythologie hindoue.

Découvrant que la version intégrale du spectacle  dure quatre nuits d’affilée, je regrette immédiatement d’avoir arrosé mon repas d’une bière plutôt que d’un café corsé. Heureusement, l’organisateur a eu l’obligeance de concevoir un Ramayana pour les nuls simplifiée et raccourcie,  présentée qui plus est dans un livret traduit en multiples langues. Dès les premières lignes,  j’apprends en français dans le texte que  ce conte met en scène  la  belle  Sinta  qui va fondre pour un cerf au pelage d’or qu’elle veut non pas charmer ou gratter derrière l’oreille mais carrément  “posséder”. Oui, posséder. Elle va donc montrer sur scène au cerf de quel bois elle se chauffe la gaillarde.

Et ce n’est qu’une mise en bouche: pour épicer l’histoire,  la perverse et  lubrique Sinta accuse ensuite un nommé  Laksmana  de vouloir la mort de son mari, soupçonnant ce compagnon de vouloir prendre la place de son cher et tendre. Prêt à tout pour dissiper l’horrible soupçon, le preux et benêt  Laksmana promet de ne jamais se marier ni avec Sinta ni avec quiconque. Et pour donner crédit à son engagement,  le livret annonce que l’on verra bientôt sur scène  Laksmana “couper son organe génital”. En direct et en public.  La chirurgie réparatrice a beau faire des miracles, tout de même ils y vont fort dans cette troupe. Le programme promet également des scènes de bagarre mettant aux prises les singes de Rama (les gentils) et les soldats de Rahwana (le méchant qui veut ravir la belle Hélène aux Troyens, heu non Sinta à Rama).

Bon, excusez la confusion mais après la visite des temples, les chocs thermiques occasionnés par les passages du car climatisée à la chaleur étouffante, la promenade en pousse-pousse, le repas fort bon au demeurant et cette satanée bière mon attention s’est un peu relâchée durant le spectacle. Euphémisme.  Mais elle est revenue au moment fatidique de la scène d’autocastration. Comment Laksmana allait-il s’y prendre pour tenir son pari stupide? Surtout avec un couteau torsadé même pas apte à couper le beurre.

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Laksmana s’apprête à commettre l’irréparable avec son couteau torsadé qui ne lui sert pas qu’à couper le beurre.

En un éclair, je devine la solution : les danseurs mâles portent accrochés à leur tenue des pompons dorés qui pendouillent et peuvent figurer de bon aloi les attributs de la virilité masculine. On est dans le symbole, l’allégorie suis-je bête. Et bien perdu. Laksmana a exécuté une charmante danse son couteau à la main mais sans jamais couper ses pompons. Et sa chorégraphie  est tellement subtile que je n’ai même pas perçu le moment fatidique où il se séparait de ses bijoux de famille. Bon, il y avait des écoliers indonésiens dans le public, peut-être qu’il a fallu édulcorer. Et puis qu’importe l’intrigue du moment qu’il y a de l’action.  Et de ce côté-là on a été servi avec marches et roulades dans les braises en veux-tu en voilà qui  pour prouver qui sa pureté, qui son courage.  Je n’ai pas tout compris mais le résumé signale dans sa chute que Rama et la belle Sinta “vécurent heureux pour toujours” sans préciser si c’est avec beaucoup d’enfants. Quoiqu’il en soit, on est contents pour eux.

LE BROMO ET SES CELEBRES ERUPTIONS TOURISTIQUES

Le tour classique de Java passe immanquablement par le spectaculaire volcan actif Bromo qui est à l’Indonésie ce que le Mont-Blanc est à la France. Mais si l’ascension du second requiert de la préparation, de l’encadrement et un minimum d’entraînement, le premier se gravit en quelques centaines de marches aménagées sur son flanc. Son accessibilité fait sa force et sa faiblesse.

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Seul au monde

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Enfin presque…

Pour échapper à la foule et  apprécier en toute sérénité ce spectacle incroyable, mieux vaut éviter le Bromo les week-ends et jours fériés.  Et oui, dans un panurgisme affligeant, les tour-opérateurs ont mis en place des excursions qui suivent le même schéma : on se lève avant l’aube pour assister au  lever du soleil sur  le Bromo depuis le bord du sommet voisin, on  descend dans la mer de sable volcanique qui l’entoure avant d’entamer l’ascension et de revenir pour déjeuner. Au fil des ans, ce tour classique s’est mué en cauchemar.  Les étroites  routes de montagne qui mènent au Bromo se trouvent juste avant l’aube saturées de 4×4 et motos acheminant des visiteurs. Tout le monde se gare n’importe où et on finit par avancer au pas dans une odeur écoeurante d’essence et de pétarades des moteurs. Le point de vue est envahi de touristes et de marchands qui vendent le Bromo sous forme de  T-shirts, mugs, cartes postales, sacs…

Mieux vaut donc gravir ce volcan la semaine. A défaut partez dans la matinée, éloignez-vous des foules  qui se pressent en haut de l’escalier, trop fatiguées par l’ascension pour aller plus loin. Empruntez le chemin fantastique qui  fait le tour du haut du  cône. Vous y méditerez sur la petitesse de l’homme face aux forces telluriques qui créent un tel paysage et spectacle.  A découvrir aussi en vidéo sur http://www.geo.fr/photos/reportages-geo/video-l-ascension-du-volcan-bromo-en-indonesie-162488

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Homme libre toujours tu chériras la terre

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Chaud dessous

Le conseil d’éviter les week-ends vaut pour tous les sites touristiques majeurs. Les 250 millions d‘indonésiens gagnant en pouvoir d’achat sillonnent de plus en plus leur propre pays et vous en rencontrerez forcément. Y compris sur les volcans les plus insolites (voir mon article dans Ouest-France http://extra-muros.info/le-sidoarjo-une-catastrophe-devenue-touristique-3)

Les Indonésiens  adorent la photo et semblent s’être lancés dans des concours de selfies improbables avec des touristes du monde entier. Que vous soyez jeune, vieux, homme, femme, beau ou moche, tout le monde y passe.  Les Indonésiens trouvent apparemment les Occidentaux aussi exotiques et photogéniques qu’ils le sont à nos yeux. Sur le moment,  cela donne  l’impression d’être confondu avec une star ou  doté  d’un charme  que personne n’a remarqué avant. Ils vous demanderont une photo en votre compagnie et vous proposeront de réciproquer. En vous prêtant à ce jeu, vous entrez dans une sorte de rituel d’échange superficiel mais sympathique. Un potlach numérique en quelque sorte.

Mais que font-ils de ces clichés en votre compagnie? Les échangent-ils sur internet comme des cartes Paninis? Créent-ils des concours par thème? J’imagine leurs conversations:  “Tu as vu mon selfie en haut du Bromo  avec le Français? Dans la catégorie chapeau ridicule, il emporte la palme”… “Attends il ne vaut pas  le gros Américain en sandales et socquettes blanches à Borobodur”…

ADRESSES

Office Du Tourisme De L’Indonésie

www.indonesie-tourisme.fr

22 rue Laplace 75005 Paris

Purawisata Open Theater à Yodgiakarta

http://www.Purawisatajogja.com

Une adresse réputée de la capitale culturelle et spirituelle de l’Indonésie, prisée par les touristes et locaux pour dîner et assister à un spectacle traditionnel

Nusa Dua Bali Tours & Travel

Ce tour-opérateur efficace opère dans toute l’Indonésie

http://www.nusaduabalitours. Com

Singapore Airlines

Opère quotidiennement entre la France et l’Indonésie

http://www.singaporeair.com

 

 

 

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