Archives d’Auteur: Frédéric Brillet

JAVA DANS TOUS SES ETATS

PARLEZ-VOUS JAVANAIS ? APA  KOWE  ISA JAWA ?

Mémoriser quelques  rudiments de la langue du pays visité fait partie de ces bonnes résolutions que l’on prend généralement au moment du départ. A moins de se  limiter au périmètre sécurisé d’un hôtel-club dans lequel les vacanciers se constituent prisonniers volontaires pour vivre dans l’entre-soi,  difficile  d’ignorer  complètement la culture locale. Problème: quand on part en  lndonésie qui compte quelque 130 langues parlées laquelle choisir? Va pour le javanais, abondamment parlé dans l’île de Java présentement visitée. En mémorisant une demi-douzaine de mots ou d’expressions  (genre : oui/non/ bonjour /au revoir/ merci/c’est délicieux mais où sont les toilettes SVP?) j’espérais faire face à toutes les situations, y compris de crise.

Mais le javanais n’est pas simple comme bonjour. Pour preuve, ce mot se dit salapamagi dans cette langue membre du groupe malayo-polynésien et plus largement austronésien (merci Wikipedia).  Si le reste est à l’avenant, je n’ose imaginer comment les indonésiens  traduisent anticonstitutionnellement.  Mémoriser  cinq mots  va me demander autant d’efforts que de négocier le prix d’un batik au marché touristique après le passage d’un bus de Japonais. Qui eux ne marchandent jamais.

BOROBUDUR : L’ENCYCLOPEDIE DE LA VIE DE BOUDDAH

A défaut d’apprendre la langue, rabattons-nous  sur le patrimoine et la culture locale. S’impose alors une visite de l’impressionnant temple de Borobodur, haut lieu du bouddhisme javanais qui ne compte pas moins de 4.5 kms de bas-reliefs contant la vie de Bouddha.  Le néophyte se contentera d’y admirer la délicatesse des scènes  sans forcément les comprendre.

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Le temple de Borobudur interdit l’usage des drones qui pourraient percuter en vol les moines bouddhistes en lévitation. Sage précaution.

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En revanche curieusement aucun règlement ne limite la longueur des perches télescopiques des touristes ou oriflammes des guides qui risquent d’harponner les moines lors de leur redescente.

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Des musiciens, des danseurs et courtisanes : à ce stade de sa vie, le prince Gautama et futur Bouddah  hésite encore à renoncer aux plaisirs de la vie terrestre. On le comprend.

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Quand  Bouddah boude, pas moyen de lui faire tourner la tête pour la photo. Même pour 10 000 roupies.

A une heure et demie de route de Borobodur, le circuit classique autour de Yodgiakarta  vous emmènera au  deuxième joyau de Java, lui aussi classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette fois-ci il s’agit du site hindouiste de Prambanan, le plus important d’Asie du sud-est, dont les bas-reliefs  évoquent la légende de Ramayana. Comme à Borobodur,  ce conte ciselé dans la pierre se lit comme une bande dessinée à la différence près que Prambanan donne davantage dans l’érotisme. Et les 1200 lingams (symboles phalliques) érigés  sur le site   semblent rendre hommage aux danseuses au sourire aussi énigmatique que celui de la Joconde.

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Le temple de Prambanan entouré  de ses 1200  lingams en taille XXL

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Jeux de mains, jeux de vilains

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Bas les pattes, je ne suis pas celle que vous croyez !

TOUT CE QUE VOUS AVEZ VOULU SAVOIR SUR LE RAMAYANA SANS JAMAIS AVOIR OSE LE DEMANDER

Avec ses multiples personnages qui se poursuivent inlassablement de leurs assiduités ou de leur férocité, la mythologie hindoue n’a décidément rien à envier à son homologue gréco-romaine. Sa complexité mérite bien  une séance  d’approfondissement mais autant apprendre en s’amusant comme disait Fernand Nathan: justement, le restaurant Purisawasata de Yodgiakarta propose un combiné dîner-spectacle consacré  à  Ramayana qui permet de se remplir simultanément la panse de nourritures terrestres et les pensées des fondements de la mythologie hindoue.

Découvrant que la version intégrale du spectacle  dure quatre nuits d’affilée, je regrette immédiatement d’avoir arrosé mon repas d’une bière plutôt que d’un café corsé. Heureusement, l’organisateur a eu l’obligeance de concevoir un Ramayana pour les nuls simplifiée et raccourcie,  présentée qui plus est dans un livret traduit en multiples langues. Dès les premières lignes,  j’apprends en français dans le texte que  ce conte met en scène  la  belle  Sinta  qui va fondre pour un cerf au pelage d’or qu’elle veut non pas charmer ou gratter derrière l’oreille mais carrément  “posséder”. Oui, posséder. Elle va donc montrer sur scène au cerf de quel bois elle se chauffe la gaillarde.

Et ce n’est qu’une mise en bouche: pour épicer l’histoire,  la perverse et  lubrique Sinta accuse ensuite un nommé  Laksmana  de vouloir la mort de son mari, soupçonnant ce compagnon de vouloir prendre la place de son cher et tendre. Prêt à tout pour dissiper l’horrible soupçon, le preux et benêt  Laksmana promet de ne jamais se marier ni avec Sinta ni avec quiconque. Et pour donner crédit à son engagement,  le livret annonce que l’on verra bientôt sur scène  Laksmana “couper son organe génital”. En direct et en public.  La chirurgie réparatrice a beau faire des miracles, tout de même ils y vont fort dans cette troupe. Le programme promet également des scènes de bagarre mettant aux prises les singes de Rama (les gentils) et les soldats de Rahwana (le méchant qui veut ravir la belle Hélène aux Troyens, heu non Sinta à Rama).

Bon, excusez la confusion mais après la visite des temples, les chocs thermiques occasionnés par les passages du car climatisée à la chaleur étouffante, la promenade en pousse-pousse, le repas fort bon au demeurant et cette satanée bière mon attention s’est un peu relâchée durant le spectacle. Euphémisme.  Mais elle est revenue au moment fatidique de la scène d’autocastration. Comment Laksmana allait-il s’y prendre pour tenir son pari stupide? Surtout avec un couteau torsadé même pas apte à couper le beurre.

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Laksmana s’apprête à commettre l’irréparable avec son couteau torsadé qui ne lui sert pas qu’à couper le beurre.

En un éclair, je devine la solution : les danseurs mâles portent accrochés à leur tenue des pompons dorés qui pendouillent et peuvent figurer de bon aloi les attributs de la virilité masculine. On est dans le symbole, l’allégorie suis-je bête. Et bien perdu. Laksmana a exécuté une charmante danse son couteau à la main mais sans jamais couper ses pompons. Et sa chorégraphie  est tellement subtile que je n’ai même pas perçu le moment fatidique où il se séparait de ses bijoux de famille. Bon, il y avait des écoliers indonésiens dans le public, peut-être qu’il a fallu édulcorer. Et puis qu’importe l’intrigue du moment qu’il y a de l’action.  Et de ce côté-là on a été servi avec marches et roulades dans les braises en veux-tu en voilà qui  pour prouver qui sa pureté, qui son courage.  Je n’ai pas tout compris mais le résumé signale dans sa chute que Rama et la belle Sinta “vécurent heureux pour toujours” sans préciser si c’est avec beaucoup d’enfants. Quoiqu’il en soit, on est contents pour eux.

LE BROMO ET SES CELEBRES ERUPTIONS TOURISTIQUES

Le tour classique de Java passe immanquablement par le spectaculaire volcan actif Bromo qui est à l’Indonésie ce que le Mont-Blanc est à la France. Mais si l’ascension du second requiert de la préparation, de l’encadrement et un minimum d’entraînement, le premier se gravit en quelques centaines de marches aménagées sur son flanc. Son accessibilité fait sa force et sa faiblesse.

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Seul au monde

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Enfin presque…

Pour échapper à la foule et  apprécier en toute sérénité ce spectacle incroyable, mieux vaut éviter le Bromo les week-ends et jours fériés.  Et oui, dans un panurgisme affligeant, les tour-opérateurs ont mis en place des excursions qui suivent le même schéma : on se lève avant l’aube pour assister au  lever du soleil sur  le Bromo depuis le bord du sommet voisin, on  descend dans la mer de sable volcanique qui l’entoure avant d’entamer l’ascension et de revenir pour déjeuner. Au fil des ans, ce tour classique s’est mué en cauchemar.  Les étroites  routes de montagne qui mènent au Bromo se trouvent juste avant l’aube saturées de 4×4 et motos acheminant des visiteurs. Tout le monde se gare n’importe où et on finit par avancer au pas dans une odeur écoeurante d’essence et de pétarades des moteurs. Le point de vue est envahi de touristes et de marchands qui vendent le Bromo sous forme de  T-shirts, mugs, cartes postales, sacs…

Mieux vaut donc gravir ce volcan la semaine. A défaut partez dans la matinée, éloignez-vous des foules  qui se pressent en haut de l’escalier, trop fatiguées par l’ascension pour aller plus loin. Empruntez le chemin fantastique qui  fait le tour du haut du  cône. Vous y méditerez sur la petitesse de l’homme face aux forces telluriques qui créent un tel paysage et spectacle.  A découvrir aussi en vidéo sur http://www.geo.fr/photos/reportages-geo/video-l-ascension-du-volcan-bromo-en-indonesie-162488

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Homme libre toujours tu chériras la terre

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Chaud dessous

Le conseil d’éviter les week-ends vaut pour tous les sites touristiques majeurs. Les 250 millions d‘indonésiens gagnant en pouvoir d’achat sillonnent de plus en plus leur propre pays et vous en rencontrerez forcément. Y compris sur les volcans les plus insolites (voir mon article dans Ouest-France http://extra-muros.info/le-sidoarjo-une-catastrophe-devenue-touristique-3)

Les Indonésiens  adorent la photo et semblent s’être lancés dans des concours de selfies improbables avec des touristes du monde entier. Que vous soyez jeune, vieux, homme, femme, beau ou moche, tout le monde y passe.  Les Indonésiens trouvent apparemment les Occidentaux aussi exotiques et photogéniques qu’ils le sont à nos yeux. Sur le moment,  cela donne  l’impression d’être confondu avec une star ou  doté  d’un charme  que personne n’a remarqué avant. Ils vous demanderont une photo en votre compagnie et vous proposeront de réciproquer. En vous prêtant à ce jeu, vous entrez dans une sorte de rituel d’échange superficiel mais sympathique. Un potlach numérique en quelque sorte.

Mais que font-ils de ces clichés en votre compagnie? Les échangent-ils sur internet comme des cartes Paninis? Créent-ils des concours par thème? J’imagine leurs conversations:  “Tu as vu mon selfie en haut du Bromo  avec le Français? Dans la catégorie chapeau ridicule, il emporte la palme”… “Attends il ne vaut pas  le gros Américain en sandales et socquettes blanches à Borobodur”…

ADRESSES

Office Du Tourisme De L’Indonésie

www.indonesie-tourisme.fr

22 rue Laplace 75005 Paris

Purawisata Open Theater à Yodgiakarta

http://www.Purawisatajogja.com

Une adresse réputée de la capitale culturelle et spirituelle de l’Indonésie, prisée par les touristes et locaux pour dîner et assister à un spectacle traditionnel

Nusa Dua Bali Tours & Travel

Ce tour-opérateur efficace opère dans toute l’Indonésie

http://www.nusaduabalitours. Com

Singapore Airlines

Opère quotidiennement entre la France et l’Indonésie

http://www.singaporeair.com

 

 

 

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FES CE QU’IL TE PLAIT

“Ce qu’il y a de mieux à  faire à  Fès? Mais c’est de n’y rien faire!” Poser la question à un professionnel du tourisme vaudrait au visiteur un déluge de propositions: visite des palais et mausolées récemment restaurés. Tournée des ateliers d’artisans. Cours de cuisine traditionnelle. Shopping  marathon à travers la médina pour y débusquer lampe, sac  ou tapis…

 

 

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Bab Boujloud, la porte de la plus grande médina du Maroc. L’entrée est plus facile à trouver que la sortie. Aussi est-il recommandé aux touristes de s’y aventurer avec de quoi tenir huit jours en vivres ou en argent.

 

 

Mais voilà, on a affaire à Reda El Abbadi, le propriétaire philosophe du riad la Maison Bleue dont la devise pourrait être “A Fès, fais ce qu’il te plaît” et l’envie vous prend  subitement d’alléger le programme. Tant pis, il y aura des impasses, tous les sites incontournables n’auront pas été explorés. On ne pourra revenir en se  se vantant selon la vilaine expression de “s’être  fait Fès en 72 heures” comme s’il s’agissait d’une  ville facile. Reda, dont la sérénité déteint sur l’atmosphère de sa Maison Bleue à moins que ce ne soit l’inverse, aime inviter ses visiteurs à faire une pause. Et sans se faire prier, le propriétaire de cette maison d’hôte raconte l’histoire de sa famille qui se confond avec celle de sa ville et de ses habitants.

Au début du XXème siècle, les El Abbadi sont déjà des notables à Fès. Le grand-père de Reda, un théologien diplômé de l’université devenu juge, fait construire en 1910 ce riad aux portes de la médina. Au rez-de-chaussée, il reçoit ses visiteurs dans un vaste bureau entourant le patio aujourd’hui couvert et transformé en réception. Dans les étages, le patriarche aménage progressivement des appartements pour chacune de ses femmes. A l’époque, la polygamie était solidement ancrée dans la haute société marocaine et mieux acceptée, y compris par les intéressées. “On m’a raconté que ma grand-mère Fatma qui tardait à avoir des enfants pensait être stérile. Elle a donc  été chercher elle-même une seconde épouse pour mon grand-père. C’est comme ça qu’Habiba est entrée dans la Maison Bleue”.   Viendra ensuite Khadija, kidnappée toute petite par un marchand d’esclaves (l’esclavage a a été abolie en 1922 au Maroc)  qui entre  chez les El Abbadi comme “dada” (nounou) avant que le  grand-père ne l’épouse, ce qui la met à pied d’égalité avec les deux autres.  Pour leur part, les petits-enfants du juge  ne font pas  de différence et considèrent les co-épouses comme autant de grands-mères. Avec les naissances, une  vingtaine de personnes, domestiques compris, résident bientôt dans ce petit palais.

 

 

A Fès, méfiez vous des faux guides.Celui-là me promettait de me faire découvrir la vraie médina, « pas celle des touristes » qu’il disait. Et ce pour l’équivalent de 100 000 dirhams en croquettes, tarif non négociable et marchandise consommée d’avance. Mais après s’être empiffré, il m’a semé après cinq minutes de promenade dans les ruelles et sans mon GPS j’y serais encore. La police touristique qui mène l’enquête sur cette affaire a déjà récupéré quelques poils sur la scène du crime à des fins d’analyse ADN.

 

 

Les El Abbadi vivent alors dans ce qui est alors la capitale du Maroc à  tous points de vue. Économiquement, Fès rayonne dans tout le royaume grâce au savoir-faire de ses artisans: travail du cuir, du bois, du tissage, du cuivre, arts décoratifs  comme l’en attestent les ateliers et  palais disséminés dans l’une des plus grandes médinas du monde arabe (quelque 75 kilomètres de ruelles). C’est aussi la capitale spirituelle et intellectuelle du pays  depuis la fondation au IXème siècle de l’université islamique Qaraouiyyine qui dispense des enseignements dans toutes les disciplines et rayonne bien au-delà de ses frontières : en Espagne dont le territoire a été presqu’entièrement conquis par les dynasties arabo-musulmanes, de nombreux ouvrages de mathématiques et d’astronomie venant de Fès  viennent enrichir les bibliothèques, avant d’être traduits et étudiés ensuite dans toute l’Europe. Après la chute de Grenade en 1492 qui marque la fin de la Reconquista, Fès accueille des juifs et musulmans d’Andalousie fuyant l’intolérance des souverains catholiques d’Espagne à l’encontre des minorités. Ces migrants étudient  à leur tour à  la Qaraouiyyine, à l’instar d’Hassan El Wazzan dit « Léon l’Africain » dont la famille venait justement de Grenade. D’où la présence de quartiers andalous et juifs dans la cité marocaine.  Au XIXème siècle, Fès atteint son apogée en gagnant en 1833 le titre de  capitale politique du Maroc: la dynastie alaouite dont Mohammed VI est l’héritier règne sur le royaume depuis le palais édifié à côté de la médina.

Cette triple primauté  vaut cependant à Fès d’être au centre des troubles que connaît le pays au début des années 1910.  Des tribus rebelles du Moyen Atlas, notamment berbères, menacent en effet jusque dans résidence le sultan Moulay Abd el-Hafid. Le souverain se résout à solliciter les troupes françaises pour le débarrasser de ces assaillants. “Je porte à la santé de Sa Majesté le sultan, souverain de ce pays, que j’ai avant tout, la mission d’aider à raffermir son autorité et à établir l’ordre de la sécurité. J’y apporterai tout mon dévouement et toute ma loyauté » affirme alors le Général Hubert Lyautey, dépêché sur place. Il n’empêche, la France coloniale attend un geste de la dynastie alaouite dont elle vient de consolider le pouvoir. Le sultan doit accorder en contrepartie un protectorat sur le  Maroc par un traité signé le 30 mai  1912 dans le superbe Palais Mnebhi où Lyautey, nommé  Résident Général de la République Française,  établit sa résidence. Un siècle plus tard, on peut visiter ce lieu chargé d’histoire décoré par les meilleurs artisans du cru: il vous suffira de réserver pour un repas, le Palais Mnebhi ayant été reconverti en restaurant haut de gamme.

Mais en 1912, Lyautey n’a guère le loisir de goûter les mosaïques du Palais  Mnebhi ni le couscous Seffa Medoufouna (viande d’agneau, raisins secs et amandes) grande spécialité locale. La présence des Français ne fait pas l’unanimité et quelques semaines après la signature du traité, des émeutes  éclatent dans la médina. « Prenez garde, messieurs, je représente un peuple qui n’a jamais été une colonie, qui n’a jamais été un peuple soumis, un peuple asservi ; je représente un empire qui, depuis des siècles et des générations, est un pays autonome » avait pourtant averti le sultan qui abdique peu après en faveur de son demi-frère Moulay Youssef.  Lyautey comprend la leçon et n’aura de cesse ensuite de ménager la susceptibilité des Marocains. L’ordre rétabli, il décide, tant pour des raisons militaires que politiques,  de transférer le siège du protectorat à Rabat plus  facile à contrôler et plus éloigné des tribus du Moyen-Atlas. Le nouveau sultan l’imite  en s’installant dans son palais de Rabat quelques mois plus tard.

Fès va payer chèrement  la perte de son statut de capitale politique. Le déménagement des fonctionnaires et de la cour est aggravé par le départ des entrepreneurs fassis vers Casablanca qui dispose d’une façade maritime et concentrent les investissements français. Fès perd alors sa suprématie économique mais conserve son rang de capitale culturelle et spirituelle: l’université Qaraouiyyine forme une nouvelle génération de militants nationalistes  militant pour l’indépendance qui trouvent refuge dans la  médina labyrinthique en cas de descente des forces françaises. Dans les décennies suivantes,  l’émergence d’une classe moyenne soucieuse de confort et d’indépendance change son visage: les autochtones désertent le centre historique pour aller vivre dans les villas et immeubles modernes avec parkings qui se construisent dans les périphéries. La famille El Abbadi est partie prenante de cet exode. “Ma mère ne souhaitait pas cohabiter avec sa belle-mère dans la Maison Bleue. Elle a donc poussé mon père à prendre un logement à l’extérieur de la médina” raconte Reda. Ce mouvement se poursuit jusqu’à nos jours comme en témoignent les programmes immobiliers aux noms exotiques (La Californie, Miami…) qui éclosent sur la route de l’aéroport.

Conséquence? Laissée aux classes populaires, la  médina s’est appauvrie. Nombre de riads, ces grandes maisons traditionnelles qui abritaient autrefois plusieurs générations ou co-épouses autour d’un patio sont peu à peu désertées ou menacent ruine. L’inscription en 1981 au patrimoine mondial de l’UNESCO déclenche des programmes de restauration mais la ville a longtemps échappé à l’engouement pour les riads qui a gagné Marrakech et Tanger.

Depuis une dizaine d’années, la situation commence à changer. Les investisseurs, locaux ou étrangers, cherchent des alternatives à Marrakech où les prix du foncier se sont envolés. Grâce à cet afflux de capitaux,  les riads de la plus grande médina du Maroc renouent  avec leur grandeur passée.  Après La Maison Bleue, premier établissement ouvert dans cette catégorie en 1996, des dizaines d’autres ont suivi dans toutes les gammes de confort. En parallèle, l’Agence de développement et de réhabilitation de la ville de Fès (Ader Fès) prévoit de contribuer d’ici à la fin 2017 à la sauvegarde  de 4000 bâtisses traditionnelles  menaçant ruine, ainsi qu’à la restauration de 27 monuments et ouvrages historiques (médersas, palais, fondouks…) Dans les bâtiments concernés, les travaux vont bon train et de nouveaux sites vont ouvrir dès la fin 2015. L’effort porte notamment sur la réhabilitation des “fondouks”: ces caravansérails qui servaient d’hôtels et d’entrepôts  de marchandises pour les marchands et aux pèlerins sont  aujourd’hui reconvertis en centres d’artisanat. Objectif: valoriser des métiers traditionnels artisanaux et créer des emplois pour les Marocains, notamment les femmes. Voici donc un florilège des lieux dignes d’intérêt:

 

 

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Alors même que les villes européennes comme Paris baignaient encore dans leurs miasmes, Fès avait inventé dès le XIIème siècle sous la dynastie des Almoravides un  remarquable  système d’adduction pour les usages non potables de l’eau venant de l’oued (photo). Réparti sur trois niveaux, ce réseau  tout-à-l’égout aujourd’hui tombé en désuétude alimentait la médina jusqu’à l’intérieur des maisons  en tenant compte des disponibilités. En période de sécheresse, le système donnait priorité à l’activité économique et donc aux tanneries mais quand le débit de l’oued était suffisant, les habitants de Fès en bénéficiaient pour les usages courants (arrosage, nettoyage).  L’eau potable quant à elle provenait exclusivement durant toute l’année des puits creusés dans les maisons. Pour entretenir ce réseau complexe, les habitants s’en remettaient à des  tuyautiers, illettrés mais doués d’une prodigieuse mémoire puisqu’ils devaient en apprendre par coeur toutes les ramifications. Disparu récemment, le dernier représentant de cette corporation  était une légende à Fès: il avait paraît-il l’habitude de punir les mauvais payeurs qui négligeaient de régler leur dû en bouchant leurs tuyaux avec de la graisse de mouton. Une fois sa facture  réglée, il déversait de l’eau bouillante dans la canalisation du client indélicat qui voyait miraculeusement le débit se rétablir…

 

 

 

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Il faut  arrêter de dire qu’en Europe on a l’heure  et qu’au Maroc on a le temps. Que seuls les Suisses savent inventer des systèmes d’horlogerie à complication. Au XIVème siècle, des artisans marocains ont conçu une horloge hydraulique unique en son genre mesurant l’écoulement du temps dont l’Ader, l’agence de sauvegarde du patrimoine  Fès a restauré la façade et prévoit à l’avenir d’en ranimer les mécanismes. Sachant qu’à l’époque,  les montres très rares manquaient de précision, l’horloge hydraulique permettait à la population de se caler sur un instrument fiable. La position des poutres dépassant de la façade indiquait les heures et leur passage  était annoncé au voisinage par la chute d’une boule métallique sur un tympan en zinc. Le mécanisme comprenait des cylindres remplis d’eau, des robinets d’échappement, des  flotteurs en bois.

 

 

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Fondez sur les fondouks ! Fès mise sur les fondouks pour valoriser son artisanat et entend dédier chaque site à des activités différentes. Ainsi le fondouk Aachiche, un ancien caravansérail du nom de l’ancienne famille propriétaire ne vendra rien de compromettant, mauvais esprit que vous êtes: on  y achètera exclusivement de la vannerie, qu’est-ce que vous croyez. Le fondouk Berka, qui hébergeait il y a un siècle un marché aux esclaves, sera quant à lui dédié exclusivement à l’artisanat féminin haut de gamme (broderie en particulier). Un moyen d’encourager les Marocaines à acquérir leur autonomie financière et pour ce site de prendre une revanche sur une triste période de l’histoire.  Financé par la fondation Mohamed Karim Lamrani, du nom d’un patron marocain plusieurs fois Premier ministre sous Hassan II, le fondouk Nejjarine  est quant à lui dédié à la menuiserie et à l’ébénisterie d’art.

 

 

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Plébiscitée par les amateurs de selfies, la place Saba édifiée au milieu du XIXème siècle vaut le détour pour sa fontaine publique typique de l’architecture locale.

 

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Dans la médina, la tannerie Chouara a fait peau neuve, ce qui a permis d’améliorer les conditions de travail et de visite. Des terrasses surplombant les bâtiments hébergeant les magasins de maroquinerie, les visiteurs disposent d’une vue imprenable sur les arrières -cours creusées de bassins où les tanneurs font décanter et teindre les peaux. La vue vaut le coup d’oeil, un peu moins le coup de nez à moins d’apprécier les spectacles en odorama. Heureusement qu’à l‘entrée, des vendeurs obligeants vous remettent des feuilles de menthe fraîche qui servent à imprégner les narines.

 

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S’il était japonais, Abdelkader Ouazzani pourrait prétendre au titre de  «Trésor National Vivant » décerné en Extrême-Orient aux artisans qui détiennent un savoir-faire unique contribuant au rayonnement du pays. Au Maroc, il porte celui de dernier grand maître du brocart.  Son minuscule  atelier de la médina  où le travail s’effectue  sur des machines Jacquard  centenaires (photo)  ne paie pas de mine. Et pourtant c’est de là que  sortent des  étoffes de soie brochées d’or et d’argent, dignes des princesses des Mille et une Nuit. A 70 ans passés,  Abdelkader Ouazzani a commencé à transmettre ses connaissances à des jeunes apprentis et à son fils mais ne sait encore qui  lui succèdera dans son métier. Un métier en voie de disparition, ce qui lui vaut d’être très demandé par  les créateurs de mode du monde entier.

 

ADRESSES

 

CAFES ET RESTAURANTS

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On oublie le temps au mal-nommé le Café Clock, dont les coussins et la terrasse invitent au farniente. En option, des cours de cuisine et de calligraphie y sont organisés.                                                                                                                  7 derb El Magana Talaa Kbira Fès El Bali                                           Tel 00212 535637855

 

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Au Palais Mnebhi, dégustez des pastillas, tajines, couscous à déguster dans un monument historique où séjourna le Maréchal Lyautey.                                                                                                                                                                                                             15, Souikt Ben Safi , Talaâ Sghira Fès                                             +212 (0)5 35 63 38 93

 

 

 

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A défaut de séjourner au Sahrai l’établissement le plus luxueux de Fès, vous pourrez y goûter à la cuisine locale en version gastronomique dans son restaurant l’Amaraz et profiter d’une vue imprenable sur la ville.                             L’Amaraz Hotel Sahrai, Bab Lghoul, Dhar El Mehraz, 30 000, Fez, Morocco                                                                                     Tel. +212 (0) 535 94 03 32                                                                                                                         http://www.hotelsahrai.com/fr/amaraz/

 

 

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La Maison Bleue. Bleue oui, mais pas que si l’on monte dans les chambre de cet établissement de charme à l’ambiance familiale.                                                                                                                                                                                                                                     2 Place de L’Istiqlal Batha                                                                                                  Phone and Fax : +212(0)535 741 843                                          restaurantlamaisonbleue@gmail.com

 

 

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Au Palais Faraj, pas une fausse note de goût dans la décoration ni dans la cuisine.                                                                                                                                                Bab Ziat, Quartier Ziat, 30000 Fès Médina, Maroc.                                                  Téléphone : (00212) 5 35 63 53 56                                                            http://www.palaisfaraj.com

 

 


VERBIER, LE VTT PAR MONTS ET PAR VAUX (ET VACHES)

Les Suisses tiennent à leur réputation. En ce mercredi 16 septembre, le TGV  Lyria qui se rend dans la Confédération a pris 34 minutes de retard, « mais uniquement du côté français » fait remarquer un autochtone à l’arrivée. Bienvenue au pays où les trains et les coucous sont toujours à l’heure. Trêve de clichés, venons-en au fait.  Verbier, la station positionnée chic et sport du canton du Valais a invité un groupe de bloggers et journalistes à tester les joies du VTT en septembre.

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Vue de Verbier par grand beau. Mais si, le grand beau qu’on voit sur la photo dans la photo.

Hors-saison,  on échappe à la foule, moins aux caprices de la météo, comme le rappelle la pluie et le brouillard qui nous accueillent  à l’arrivée. « Surtout montrez-leur bien tout de Verbier » glisse lors du déjeuner de son accent chantant  la restauratrice  à Vincent,  qui représente l’office du tourisme. De ce côté-là, le contrat a été rempli puisqu’en trois jours, la station aura réussi à  décliner trois des quatre saisons : sous la  pluie, le brouillard,  par grand beau,  20 degrés  comme par 6, avec et sans nuage, on aura effectivement tout vu de Verbier… Il n’aura manqué que la neige au rendez-vous, aperçue sur les cimes mais pas foulée. A l’impossible nul professionnel du tourisme n’est tenu. Exposé plein sud, la station jouit en tout cas d’un excellent ensoleillement sur l’année. « Et l’hiver ici avec toutes les boîtes de nuit, c’est un peu Ibiza » complète Vincent qui fait l’article. De janvier à mars, on y croise selon les années Martin Solveig, James Blunt, Kate Middleton, Hugh Grant et autres people migrateurs que l’on observe effectivement dans leur biotope estival à Ibiza justement. Si cette dernière avait l’idée de se présenter dans ses brochures comme le « Verbier de l’été », la boucle serait bouclée et il n’y aurait plus à se casser la tête pour trouver des slogans publicitaires. Bon, Verbier a pris « Pure Energy », une formule évocatrice dont j’allais découvrir le sens caché dès le lendemain. A mes dépens…

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Verbier après le brouillard quelques heures plus tard

Vendredi 8h30.  La pluie a cessé et nous voilà conviés à prendre des VTT de descente dans un magasin de sport,  ma foi fort bien achalandé. J’observe avec intérêt l’airbag Mammut made in Switzerland exposé en sous-sol qui sert aux skieurs en cas d’avalanche. Quand le système se déclenche,  on se retrouve instantanément  affublé d’énormes  ganglions rouges peints en rouge fluo. Ne riez pas, c’est  l’avalanche qui tue, pas le ridicule. Eh oui, il faut aller en Suisse pour trouver ce genre de tenue  improbable, susceptible d’inspirer la prochaine collection de Victoria Beckham (qui fréquente aussi la station pour fuir les paparazzi en embuscade  à  Gstaad ou  Megève).

Le slalom à vélo sur glacier n’étant pas inscrit au programme,  l’airbag ne m’est heureusement pas imposé. Je laisse un  vendeur d’outre-manche parlant français avec un très exotique accent suisso-britannique  (c’est ça la mondialisation)  choisir  les éléments de ma panoplie de gladiateur. Pour le bas, j’ai  droit à des genouillères et protège-tibias, les mêmes qu’ont les CRS quand ça chauffe. Pour le haut (« le cocon » comme on dit en patois du Valais pour désigner la tête), au casque intégral. Et oui, je « cornifle » (enquête) sur le valaisan pour amadouer les autochtones.  Vincent,  Suisse des plaines établi dans la station et amateur de métaphores géographiques comme anthropologiques, m’a en effet expliqué que les Valaisans sont « un peu les Corses de la Confédération ». Je les imagine donc fiers et ombrageux,  dotés d’une mentalité insulaire qui leur monte au cocon en prenant de la hauteur. Or à Verbier, on grimpe en télécabine jusqu’à 2900 mètres…

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L’enfer de la pente : vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance. Et élégance aussi.

Pour la mise en jambes,  notre moniteur Brice propose de nous emmener sur une piste bleue.  Sachant qu’en Velib,  j’effectue le trajet la Tour  Eiffel-Concorde sans escale, sans assistance, quasiment sans les mains (et avec toutes mes dents,  merci) et qu’il m’arrive de descendre les pentes de Montmartre dont certaines si elles étaient sur neige seraient classées noires, je le suis l’esprit tranquille. Présompteux que j’étais : arrivé sur zone, apparaît en effet un étroit  sentier qui dévale une pente, comment dire, fort pentue. Apparemment le code a changé depuis l’hiver dernier et le bleu désigne désormais la couleur de la peur  que la piste inspire. « On attend de pouvoir construire une verte pour les vrais débutants » s’excuse Brice. Etre vert de trouille, se prendre une peur bleue quelle différence? Et la rouge c’est certainement pour signifier qu’il faut prévoir pansements et mercurochrome  à l’arrivée? La noire qu’il faut faire son deuil des plaisirs d’ici-bas avant de s’y engager? « Bortabitche! » (comme disent les Valaisans pour signifier en patois leur trouble) Quel traquenard… Et moi qui croyais faire un voyage dans le pays le plus sûr du monde…

Il est hélas trop tard pour simuler une crevaison qui me ferait passer pour le dégonflé de service qui retarde les autres: impatient, le  vététiste le plus aguerri du groupe s’est déjà  lancé en faisant des sauts de cabri sur chaque bosse. « Tcheu le dzè qu’il a suici ! » (Nom de Dieu ! le peps qu’il a  celui-ci)  suis-je tenté de m’exclamer avant d’analyser la situation avec méthode. Celle de Descartes préconise « de diviser chacune des difficultés (…) en autant de parcelles qu’il se pourra et qu’il sera requis pour mieux les résoudre ». De la théorie philosophique à la pratique vététiste, il n’y a qu’un tour de pédale  qui m’amène à examiner les obstacles des premiers mètres: une pierre à gauche, puis une racine à droite, un nid de poule… Pris isolément et successivement, aucun n’est insurmontable. Je me fie donc à Descartes et dévale à mon tour, les mains crispées sur les freins  en me répétant à chaque seconde que jusque là tout va bien. Hélas la méthode cartésienne mâtinée avec celle de Coué fait un couac : dès le premier virage, je suis victime  d’«une roubatée dans la cotze »  (une chute dans la pente) sans gravité mais non sans humiliation.  On a beau savoir tenir sur un vélo  sans petites roulettes et faire le kéké en lâchant le guidon sur bitume,  ça n’a rien à voir avec le VTT de descente.  Sur les instructions de Brice, j’apprends à me tenir debout  les jambes droites pour mieux franchir les obstacles en descente plutôt qu’en position  fléchie qui tétanise les muscles.

Après une heure de pratique, la confiance revient  mais surgit déjà  un autre danger sur cet itinéraire qui traverse les alpages. Les vaches valaisanes qui étaient là avant les vététistes n’entendent pas  céder un pouce  de leur  territoire. L’hiver, chacun sait que le skieur aval a priorité. Mais l’été qu’en est-il quand on croise des herens noires solidement plantées sur leurs quatre sabots au milieu du sentier? Qui possèdent de surcroît  le même tempérament  que les bipèdes qui les élèvent?

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Le vététiste amont n’a pas priorité sur la vache aval. Et elle le sait.

Car non contentes d’être fières et susceptibles, les herens sont têtues.  Régulièrement dans les troupeaux ces petites vaches noires s’affrontent en se poussant du front pour décider qui deviendra la reine. Les plus valeureuses participent à des combats et atteignent des sommes d’autant plus hallucinantes (40 000 euros) que les efforts fournis au combat réduisent encore leur production, au demeurant faible: 6 litres par jour en moyenne sur l’année soit cinq fois moins qu’une Prim  Holstein. Mais la qualité est au rendez-vous pour produire le gruyère, l’emmental et autres spécialités suisses fabriqués à Verbier même.

Et si la vache en travers du sentier était la reine en personne? Si en portant la main sur son altesse, sa garde sévèrement cornue me poursuivait pour crime de lèse-majesté, et pas qu’au sens figuré  devant les tribunaux? Comment le savoir?  Chez les herens, la souveraine  ne porte pas de couronne ni de sceptre, pas même une cloche incrustée de diamants pour signifier son rang. On ne peut davantage se fier au lustre  de son poil pour la repérer, ici toutes les vaches sont propres sur elles, on est en Suisse tout de même. Heureusement Brice vient me tirer de ce mauvais pas. S’avançant en levant les bras tel Moïse face à la Mer Rouge, il ouvre miraculeusement une voie dans laquelle nous nous engouffrons pour continuer notre route vers la Bière Promise au déjeuner.  Car il a beau faire « cramine »  (frisquet), il commence à faire soif.  Arrivé au restaurant, je décide finalement de renoncer à la mousse, la journée n’étant pas terminée. Boire ou conduire, il faut choisir d’autant qu’en cas de chute  je ne maîtrise pas assez  le roulé-boulé pour rouler bourré.  Sage précaution, puisque je vais  passer l’après-midi à « moyonner » (pester) contre ces traîtresses de pierres et cette pente qui m’obligent à mettre pied à  terre, faute d’expérience.  Heureusement la randonnée touche à sa fin et il est temps de « désalper » (rentrer).

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Leçon du jour sur les risques du VTT de montagne: si on ne maîtrise pas le roulé-boulé, mieux vaut éviter de rouler bourré et carburer à l’eau claire.

Le soir venu au restaurant,  Alex le serveur insiste pour nous offrir un verre de lychee valaisan que lui donnait à boire sa grand-mère quand il était petit pour soigner ses maux d’estomac.  J’hésite. D’un côté, c’est peut-être un piège : ça ressemble à  un remake d’une scène culte des bronzés font du ski, où un autochtone presse Jean-Claude Dus de  goûter un alcool dans lequel a mariné un serpent. De l’autre côté, je suis tenté de  noyer dans la boisson  la « bo kaké » (grosse déception)  que me cause ma piètre performance vélocipédique.  Et sachant  que les Valaisans sont les  Corses de la Suisse, mieux vaut ne pas froisser leur susceptibilité en leur refusant quelque chose, d’autant qu’ils conservent par devers eux l’arme de leur service militaire, comme les autres citoyens  de la Confédération.  Ce dernier argument me décide à avaler le verre. Bortabitche! Ça chauffe à l’intérieur. Pour information, le  lychee valaisan  est un oignon baignant dans un alcool de gentiane à  40 degrés. Histoire de faire passer l’oignon, Alex apporte de l’absinthe locale encore plus raide: 55 degrés. Soit  une « derupe » (pente) impressionnante qui a de quoi effrayer le vététiste de l’extrême que je ne suis pas. Mais bon, passé les bornes, il n’y a plus de limites… Surprise, la bonne Fée Verte d’un coup de baguette magique me délivre de tous les tracas. Restent que les degrés de ces deux spiritueux  additionnés  auxquels s’ajoutent les « fendants » (vins blancs du Valais) de l’apéro  aboutissent à  un total qui équivaut exactement  à la position que mon corps a envie d’adopter après cette triple épreuve : 180 degrés. « Tcheu la coss » (Nom de Dieu, qu’est-ce que je suis fatigué)

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A l’issue d’une votation serrée initiée par la section bovine des Femen valaisanes, la Suisse a autorisé le bronzage pis nus sur les alpages. Ici Marguerite une rousse plantureuse du cru profite des rayons du soleil de septembre.

Samedi. « On vit quelle heure ? » (Quel heure est-il)? 8H, celle de me lever trop tard et d’avaler trop vite mon petit déjeuner pour affronter les 45 kilomètres et 1000 mètres de dénivelé prévu au programme du jour qui s’annonce ensoleillé. Les plus prudents du groupe dont moi ont demandé un VTT à assistance électrique. Vous les puristes qui me lisez, allez-y, levez les yeux au ciel. Pour ma part  je préfère jouer petit bras ou plutôt petit mollet que devoir abandonner en route par manque de jus. Après la Fée Verte je découvre le miracle de la Fée Electricité. Incroyable, en montée je parviens à suivre les grimpeurs les plus teigneux. Et l’effort pour gravir un col est à peine supérieur à celui d’un faux-plat quand on dose bien l’apport de la batterie. Une bien belle invention qui j’espère finira par descendre en vallée et  convaincre les scooteristes des villes qu’on peut aller presqu’aussi vite sans pétarader, sans polluer et sans trop se fatiguer.

Mes sources pour le patois valaisan :  desencyclopedie.wikia.com/wiki/Valaisan et autochtones

TRANSPORTS

Depuis Paris, TGV Lyria jusqu’à Martigny puis train régional ou taxi.

ADRESSES

Hôtel

La Cordée des Alpes Route du Centre Sportif 24 1936 Verbier

+ 41 27 775 45 45

htt p://www .hotelcordee.com/francais

Pour sa piscine, son jacuzzi et son accueil digne des quatre étoiles dont il est décoré

Restaurants

Le Carrefour Route du Golf 95 1936 Verbier

+41 27 771 55 55

www.lecarrefour.ch

Pour ses champignons

Le Caveau Place  Centrale 1936 Verbier

+41 27 771 22 26

http://www.caveauverbier.ch

Pour sa raclette et son lytchee valaisan

Sports

Mountain Air

Rue de Médran 77 1936 Verbier

+41 27 775 44 OO

http://www.mountainairverbier.com

Pour ses VTT électriques


J’ai testé le vol en apesanteur

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Les souvenirs ne seront bientôt qu’un souvenir

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Jurassic Park

Le Dauphiné est un quotidien qui sait par ses titres tenir le lecteur en haleine. Le 12 juin, il évoque des empreintes de dinosaures  trouvées aux environs de Bellegarde dans le parc du Haut-Jura que je dois visiter le lendemain.  Le lendemain, il annonce que deux randonneurs y ont trouvé la mort. Gasp. En lisant l’article (les journaux c’est comme les contrats d’assurance, il faut lire les petites lettres), j’apprends que les malheureux touristes sont décédés suite à une chute dans un ravin et non à cause d’un dinosaure.

Pour achever de me rassurer, un  guide local de moyenne montagne m’informe que les traces du saurien datent de l’ère  jurassique et qu’elles ont été découvertes dans le parc  sur un chemin  il y a une dizaine d’années. « J’y ai même beaucoup roulé en VTT et n’y voyais que des creux et bosses avant que les paléontologues ne les identifient comme des empreintes ». Mon interlocuteur me rappelle par ailleurs que  le dinosaure est un pacifique herbivore qui, de son vivant, n’a jamais poursuivi aucun touriste. Je décide de lui faire confiance. Après tout, il porte des Kalendji made by Decathlon, une marque de chaussettes qui est aux vrais randonneurs ce que la montre Breitling est aux aviateurs. C’est à ce genre de détails que l’on reconnaît les professionnels.

Attention liane fragile

Attention liane fragile

Et au milieu coule la Valserine

Et au milieu coule la Valserine

A la fraîche

A la fraîche

Il Jura d'y revenir

Il Jura d’y revenir

Rassuré, j’emprunte en sa compagnie le chemin longeant la Valserine labellisée rivière sauvage qui se laisse découvrir sur une cinquantaine de kilomètres à pied et en vélo. Le paysage pourrait inspirer bien des réalisateurs de films d’aventures en mal de décor.

Il y a dix ans,  la mairie  a d’ailleurs écrit à Spielberg pour lui signaler la découverte des  empreintes de dinosaure et tout le toutim. Sans doute Les élus espéraient-ils convaincre le réalisateur de venir tourner une suite à Jurassic Park dans un décor grandeur  nature et faire de Bellegarde un nouvel Hollywood. Mais personne n’a su me dire  pourquoi  Spielberg  n’a pas donné suite.

Pour ma part, j’imagine qu’il  a échoué à convaincre les producteurs de faire du crapaud sonneur à ventre jaune, une espèce locale, le nouveau méchant de Jurassic Park.  Dans la préhistoire, l’ancêtre de ce crapaud pesait probablement des tonnes (je n’ai pas vérifié mais à l’époque tout était plus gros). Un crapaud géant qui gobe tout sur son passage, humains comme hélicoptères qu’il chope d’un simple bond, vous imaginez la scène? Ca nous aurait changé du sempiternel tyrannosaure qui ne fait plus peur à personne. Sur grand écran, je peux vous assurer que  le crapaud en taille  XXL a vraiment la gueule de l’emploi pour faire un bon méchant, si vous me permettez l’oxymore. Le seul souci, c’est qu’il a la fâcheuse habitude de  se mettre sur le dos quand on l’importune plutôt que de gober ses agresseurs. Cela pour exhiber sa fameuse couleur jaune qui effraie paraît-il certains rapaces.

Connaissant la rigueur scientifique de Spielberg même quand il s’agit de divertissement, je suppose que le réalisateur américain a été gêné par l’idée de transformer un pacifique crapaud en serial killer.  Mais bon, un batracien géant étendu sur le dos espérant qu’une pale d’hélicoptère vienne lui gratter le ventre, ça cassait l’intensité dramatique. Voilà selon moi la très probable raison pour laquelle Bellegarde n’a jamais reçu de réponse. Pour se consoler de l’absence de tournage, la ville planche sur le projet plus modeste d’un « dinoplagne », baptisé en référence au village de Plagne à côté de Bellegarde où l’on a trouvé les fameuses empreintes. Affaire à suivre.

Triple salto déconseillé

Triple salto déconseillé

Le dernier jour, Annie, la dévouée attachée de presse de l’office du tourisme rhônalpin a mis un spa au programme. Probablement parce qu’elle subodore ma déception de n’avoir pu faire trempette dans une bauge laotienne. Où va t-on exactement?  Aux bains d’Yvonne, crois-je entendre du fond du bus. A ce prénom,  je m’interloque: vais-je subir les battoirs d’une matrone locale élevée au tome du Jura qui, en terme d’apport énergétique, n’a rien à envier à son homologue savoyard?

Arrivé sur place, je réalise ma méprise. Paul Vidart est le véritable fondateur des  thermes de Divonne-les-Bains. Bonne nouvelle, je n’aurai pas à  subir les sévices thérapeutiques d’une quelconque Yvonne parce qu’aucune employée de ce nom n’y travaille. Mauvaise nouvelle, je prends conscience que je suis suffisamment sourd pour confondre Divonne-les-Bains et les Bains d’Yvonne, ce qui fait instantanément tomber mon moral à un niveau plus bas qu’une source souterraine. Rebonne nouvelle, j’apprends que les eaux de cette station thermale soignent justement la déprime et d’une manière générale les troubles psychosomatiques. Sur ce, je pars m’immerger dans la piscine puis au sauna. Enfin une journée réussie…

A manger et à dormir

fromagerie-abbaye.fr

relaisdesmoines.fr

A voir et à faire

monts-jura.com/fr/activites/velo-electrique.html

parc-haut-jura.fr

monts-jura.com/fr/activites/luge-sur-rails.html


Plongée: nos dix spots de rêve

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